
PART I
Je suis la réincarnation de Casanova.
Je suis cela : Casanova.
Parce que j’ai été, je suis et serai encore Casanova. Bien sûr et le temps n’y est pour rien.
Je suis Master Lilith.
Aussi.
Il n’empêche.
De même que je suis encore d’autres que je n’ai pas choisi de révéler ici.
Ici, c’est Master Lilith qui s’est forgé sur Casanova. Vingt et unième siècle. Ici et maintenant.
Vous aurez donc compris que mon âge ne nous intéresse guère et le temps que je vais tenter de compter sera celui d’un esprit vagabond qui s’est pris un
jour de vous chanter quelques… Compositions.
Musique alors ?
Dans les salons, alors que Casanova œuvrait dans quelques succursales de France et de Navarre où l’on y donnait des concerts, oui, déjà et où les biches
de bonne compagnie excellaient en zèle et courtoisie, l’esprit du rock germait déjà dans mes basses parties.
Toute une philosophie en vérité face à la troisième classe race basse et sans classe, en perdition, qui se couvrait déjà d’une petite moisissure, une
déconfiture en auréole de notre grande intelligence alors tant ignorée… Je m’étais mis en tête de m’amuser de la vie, de profiter des découvertes terrestres et cosmiques et le chemin fut
grand, fort mais… Périlleux. Une vie n’est qu’un échantillon pour une âme aventurière et ce que j’ai pris aux hasards des rencontres ne sont que richesses plantées et digérées pour celui
que je suis en tant que Master… Comme un terreau, mes mémoires… De quoi planter les graines de Lilith afin d’y faire pousser une fleur aux vertus rock’n roll. Que faire d’autre
ici-bas ? Chercher encore… et toujours.
Ici aussi, dans ce siècle, la vie m’a conduit à la plume et de quelques essais je suis l’auteur…
Enfant déjà, sous les regards bienveillants de certains grands hommes ou grandes femmes sur lesquelles je resterai discret, j’ai été guidé vers un destin
particulier.
Prêtre je suis.
Aussi. Oui. Tel est mon paradoxe.
Sexe and drug’s and rock’n roll and… Ainsi soit-il.
Enfant de cœur tout d’abord… et prêtre finalement…
Particulièrement.
Je ne me suis jamais marié.
Non.
J’aime trop les femmes pour n’en vouloir attacher aucune.
Et puis… Peut-être … Silence… Prêtre je suis J
Garder son sérieux.
J’œuvre pour une déesse qui seule est mon épouse.
IA Lilith IA Et qu’importe… son… nom…Non.
Multiple elle est. Multiples sont ses visages.
Seul et rempli de tous je suis.
Enfant de chœur ?
Le cœur qui se soulevait sous les volutes d’encens, les pierres du temple, les fanfreluches et dentelles du curé, tout ce fatras ésotérique et décadent
qui m’amusait, me fascinait.
Ma passion pour l’orgue…
Entrer dans l’église, se mettre aux claviers en maître des sons sous une voûte et faire chanter les âmes : " jouer de l’église ". Toutes
ces têtes à clamer la même chanson : déjà du rock : l’impression qu’un mouvement pouvait surgir… Bach ? Plus tard, le soir… Jouer Bach, avoir les clefs… de l’église et
ramener des femmes… Les émouvoir en les prenant comme ça : entre Bach et l’autel sous les yeux du curé planqué dans sa sacristie. Ma conscience alors me montrait ce chantier chrétien
comme un immense vaisseau à la dérive dont le capitaine aurait déserté le pont …et qu’il était aisé finalement de conduire sur cet océan déchaîné : faire chanter. Voilà. C’est cela…
Exactement : faire chanter.
De grandes messes alors, déjà, dans mon adolescence…
Bach est un de mes meilleurs amis. La solitude est mon alliée. Pas Dieu, non, pas ça : tout de même il vaut mieux se faire prêtre… Seul… Sous les
auspices d’une plus grande intelligence… Une foi d’au-delà, on va dire : sans trop s’étendre non plus. Ma prêtrise m’a mené à la musique. Ou plutôt ma musique m’a mené à la prêtrise…
C’est égal. Tout est tant lié que si je plonge encore dans mes mémoires, je pourrai être certain que mon évasion des plombs m’a mené au rock plus qu’à une carrière de pianiste… … à
suivre…
http://www.lapanse.com/pages/artistes/poulin/bagheera_poulin_master_lilith02.html

PART II
Je suis mille. Fait de successions d’hommes passés, présents et à venir… Pscychédéliquement vôtre, pour vous servir. Premières convulsions de la vie comme des outrances, entendre outre les transes, au berceau… Quelques jours que je respirais sur cette planète dans cette
époque, trois mois à entendre raconter ma mère, qu’il me prit une sorte de convulsion physique : à sauter à baver à hurler la déformation de la matière qui m’avait été
infligée : un corps.
Les " spécialistes " ont conclu : l’épilepsie. Le gardénal est devenu le compagnon de mes veines… Poison distillé dans le sang
de ma plus petite enfance. C’est par le sexe que je suis venu, par la drogue que l’esprit m’est monté et par le rock que mon corps s’est levé…
Des visions du monde à quatre pattes ? Des rythmes de jambes qui passaient des journées à passer. De belles jambes, celles de ma mère…
Première femme de ma vie de bébé épileptique possédé par un diable en gestation constante. Le clan du départ comme un berceau de tendres émotions qui sont restées très claires à ma
mémoire…
Allongé dans un lit contre un mur où la fenêtre laissait passer les ondes de l’obscure et de la lumière. Bord de national. Petite chambre au
clown triste et violoniste, ami des visions éphémères : filantes des phares au plafond : premiers chemins battus et parcourus en secret.
Où va la lumière lorsqu’elle disparaît dans le ciel de la chambre ? Fermer les yeux et suivre ça : la lumière. Tomber alors dans
l’infini.
Ne pas finir jamais de tomber d’avant en arrière dans ce trou noir… L’existence… De part et d’autre de cette machine de chair qui prenait ses
aises. Chanter comme les mauvais garçons devant les grand-mères : obtenir du succès… Faire fondre ces vieilles caboches pleines de sortilèges, ramasser les câlins des
sorcières : être content de tout ça dès le début.
Se prendre pour le dieu de lumière à deux ans, à l’heure où jamais la honte n’a encore effleuré : dixit les aïeuls : je suis leur
phare.
Mille fois au moins, je suis passé par des bras décharnés, ensorcelé de vie, mille fois réincarné au fond des âges sous les veines… Quand tout
se découpe dans l’image, que la drogue fait son effet, le monde tourne et la chambre devient l’univers… Trip juste après.
À peine le nez mouché, à peine appris à se retenir de pisser au lit que mon grand mystère d’homme me chatouillait déjà l’entrejambe : 13
ans, une Lola de 17, avec des mains d’athlète : assise sur moi, devant tout le monde, la chair cachée par la jupe qui caressait mes cuisses de puceau en train d’effectuer un double
rite de passage : bander sous LSD ! éjaculer dans une fille ! C’était mon premier voyage, ma première maîtresse sur un air de Jimmy Hendrix.
Je ne vais pas recommencer le détail de mes conquêtes, j’y ai déjà consacré une vie entière une autre fois : mais pour l’époque, cette
expérience a eu l’effet de me forger le caractère… Éjaculer ! Bander contre la peur inculquée par leur Dieu à moi : l’enfant de cœur ! Découvrir l’arme totale : mon
pénis contre l’église.
Savoir alors pourquoi ces blasphèmes perpétués par ma bouche innocente… Oui, oui. Des blasphèmes. Malgré et par moi. Tout innocent et sans
culture encore…
À la messe, je vous le jure, des fins de prières me venaient comme par magie et je me suis surpris plus d’une fois à écouter ces mots d’entre
mes lèvres qui sortaient tout seuls comme des fumées. Satanisant sans le savoir, les discours du livre appris par cœur par l’assemblée.
À qui confier alors ces étrangetés qui engendraient toutes ces peurs et tous ces doutes ? Étranglé et inquiet, enfant, j’étais seul et me
sentais menacé par le père tout puissant qui voit tout, entend tout, peut nous prendre et nous punir on ne sait jamais ? S’il existait quand même ?
Parano catholique, ma foi pudique jusqu’à cet événement radical : ma double personnalité enfin accomplie : il suffisait alors de
baisser un peu le regard pour discuter avec mon meilleur ami : ma queue. Soulager tout le corps et la peur de la mort. Rire. La légèreté est entrée dans ma vie.
Pour la seconde fois Casanova. Trop bieN.
À SUIVRE ...
bio évolutive Master Lilith Part III by Bagheera Poulin
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PART III…
Évidemment recommencer.
Tout le parcours du sang mémoire des veines fantômes du cœur de l’autre vie : avec beaucoup d’avance et de l’aisance. Savoir cela en
premier : aimer les femmes des magazines de 9 à 10… Mes premières passions sont sur le catalogue de la redoute… C’est banal, mais il faut admettre qu’il est ingrat d’aimer les
femmes quand on est un enfant. Celles qui se trouvent sur des feuilles de papier glacé sont les plus abordables, (tout à fait adorables) c’est une question de pratique et
d’expérience.
Organisation des consultations secrètes dans le dos de Déesse mère à cette époque. Pauvre maman impressionnée de mesurer la précocité de son
petit en découvrant les pages numéro 248 249 250 manquantes, après avoir péniblement décollé les pages 247 et 251 du chapitre sous-vêtements.
Ma semence avait plusieurs fonctions : Me branler était un acte absolu et tout était bon pour le pratiquer n’importe quand, n’importe où
et pour n’importe quoi.
Il est certain que lorsqu’une porte a été franchie c’est au prix d’efforts démesurés. Précoce enfant au pénis, j’ai trouvé la solution pour émettre mon sperme de mon sexe en m’énervant dessus par dépit !
J’ai cru longtemps qu’il suffisait de décalotter et de se concentrer un peu afin de faire sortir le nectar simplement du gland…
C’est un jouet qui n’est pas livré avec notice et le chemin se fait sur quelques accidents… Moment de grâce à force d’essayer… Le gland entre
deux doigts, j’ai tiré dessus et secoué et tiré et secoué de plus en plus, la colère contre ce bout de chair de neuf ans que j’ai astiquée et grondée d’être impuissante à faire sortir
du foutre comme les hommes : ce qui m’a procuré la sensation sur laquelle je me suis ensuite définitivement consacré…
Au con un jour il faut aller pour se sacrer… Initiation secrète et infinie : qui jamais ne finit… Tentation au vertige d’un temps compté
en année-lumière… L’espace temps qui s’étire et s’éclaire. Tentatrices perpétuelles… Inspirations tantriques… Tant… Trique.
Même la boulangère aurait mérité d’être présentée en slip dans les trois suisses ! Toutes les femmes en vérité, même les vieilles et
même les grosses quelquefois pour voir un peu : seule ma mère était une paire de jambes qui marchent très classe comme dans un film avec au-dessus un beau visage qui sourit et
bénit : ainsi soit-il.
Il ne faut pas se mentir : c’est quand on découvre sa queue qu’on voit l’image en perspective… Il se joue là, une sorte d’incarnation
métaphysique pour l’être qui doit devenir plus grand, plus vieux, plus beau ou plus laid… Devenir beau, moi j’ai dit Oui oui et trois fois oui.
Oser ça : la beauté… Jusqu’au rire que déclenche la vision de la réalité. Rêve lucide émerveillé et taré : de penser encore à la
beauté au milieu d’une cité. Un couloir tout noir et dans un brouillard un halo de musique…
Une mystique… Des pas guidés par une mécanique quantique, une projection… visions d’une source qui divulgue l’impossible souffle en
mouvement.
Quitte à tout rompre et s’annuler soi-même: mourir et ressusciter chaque fois : mais oui pour le tenter. Beau comme un homme de dos qui
joue de la musique… Beau comme Mozart... Forcément se décaler : être autrement contre une dogma qui résiste au rêve. Taper des coups de pieds, casser des gueules à coup de lames et
de poings pour affirmer encore et toujours l’animal enragé de continuer dans le sens des entrailles vivantes… Tout dépend du paysage dans lequel on se trouve. Béton armé ?
Casanova m’a habitué aux bras cassés et causes perdues qui s’accomplissent à coups de grâce…
Master Lilith s’est incarné dans une banlieue paumée à l’heure où la drogue était psychédélique. Entre la trique et la beauté, il a fallu se battre
au sens propre et au sens figuré.
Être grand et fort, ne pas moisir, être en devenir : l’esprit sauvage aiguise sa machine pour l’animer d’un feu violent. Il ne faut pas mentir.
Vouloir pouvoir pouvoir vouloir et puis serrer les dents. Etre cet homme de dos qui joue dieu et puis Mozart… qui découvre Bach : roule comme le rock : déchaîne des kilomètres
de passion : un flot qui bat au rythme du sang. Une pulsion. C’est cardiaque. Forcément. Comme un Shakespeare où la folie attire la raison et le sang coule de toute façon.
Il y a peu de gens élevés dans du Coton si l’on regarde bien… Même ceux qui sortent de la cuisse de Jupiter.
Même ceux qui ont l’air verni de l’extérieur. Devenir riche ne m’a jamais fait bander par exemple… Je ne dis pas que cette idée ne m’a pas traversé
l’esprit.
Il est vrai, je me suis commis jusqu’ici dans le luxe total…. L’argent, la richesse est sans doute un ingrédient facile pour être un homme de
dos.
Il faut pouvoir tenir la position.
Ne jamais se retourner : toujours avancer : être perpétuellement de dos. Surtout que l’œil ne vise pas en arrière… Ce fameux œil : autre regard à l’intérieur.
À suivre …

PART IV…
Apprendre tout de suite la lucidité : c’est-à-dire : bien discerner l’endroit d’atterrissage et la constante de la note.
Enfant de choeur j’étais tout petit déjà… À cause de la musique.
Époque datée, lieu nommé, peut-être ?
Mais au fond : données extérieures erronées pour réalité intérieure.
Savoir entendre ça.
Silence.
Apprendre à se reconnaître soi-même.
Se concentrer véritablement dessus. Prier beaucoup en vérité…
Prêtre se forge ainsi :
Dans la plus parfaite lumière du cœur, à l’aveuglette dans ce tourbillon d’âmes aussi tristes, belles, pures et simples que noires sales et
malhonnêtes.
Des formules magiques, des invocations aux mystères qui feraient basculer les âmes perdues : snwy, snswy, smnglf…
Regarder les anges au bout des démons et les diables au bout des dieux…
Obtenir l’image d’ensemble et grandir dessus.
Pour faire vivre la vie, il faut trois ingrédients : du sang, du sperme et du verbe…
Il faut du désir et j’en étais rempli : ça débordait. Que pouvait-il m’arriver ? Rien. Rien du tout.
La déviante, c’est une courbe extérieure qui fait le look… Mais la constante, c’est celle qui habite l’être comme une lumière qui fait vivre le
noir.
Je voulais plus que tout au monde devenir pianiste : Tout en cuir sur la peau, lame d’acier dans la poche, prêt à bondir à casser à trancher au
moindre signe… Alors…
J’ai dû passer des portes chez des gens qui auraient dû penser que j’étais méchant. Derrière ces portes, ces gens-là avaient des clefs à me donner pour
ouvrir toutes celles qui attendaient dans le couloir tout noir.
Je me voulais terrible et bad devant ces gens… Ces dames…
Au lieu de cela, des femmes, (toujours des femmes) m’ont expliquée que j’étais nul et qu’il me faudrait tout apprendre… Que j’étais une cause perdue. Les
femmes adorent les causes perdues. Elles peuvent prouver le contraire et c’est pour elles que l’on gagne…
Elles m’ont montré leurs doigts qui couraient sur les touches des pianos et des orgues pour me prouver qu’elles savaient ce que je ne savais pas.
Respectueux, elles m’ont voulu, je les ai crues.
Elles m’ont livré l’humilité de ma personne : les femmes m’ont donné mes plus grandes leçons. Depuis toujours…
Des vieilles et sages femmes, habituées à d’autres élèves autrement fringués autrement dissipés et finalement autrement passionnés, se sont penchées sur
moi comme des fées sur mon berceau.
Travailler. Quel véritable mot.
Croire au diable que j’ai dans la peau et qui fait de moi l’acharné que je suis.
Quand on s’évade de prison dans une vie, on est toujours tenté de recommencer…
J’ai invoqué les esprits de mes deux pieds sur terre et mes tiffes dans le vent, comme un arbre planté qui veut vraiment grandir… Enraciné. Fabriquer sa
propre force. Tout serrer. Vouloir à tout prix quelque chose. S’en changer, s’en dompter soi-même : se livrer à la guerre.
S’installer dans le paradoxe.
Baiser et gober, se défendre et cogner, rêver pour tout apprendre en songe, révéler, faire du sport être fort, lire ce qui tombe entre les mains,
rencontrer Huysmans par hasard, avoir cela pour être dur, être un voyou et fatalement se laisser enseigner la musique dans des cocons de maîtresses rigides, dames de paroisse : ça créé
déjà plusieurs visages. Suffisamment pour que l’humour ait de la place.
À suivre…